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À Vic-sur-Cère, Pyram conserve les gestes et les savoir-faire de la menuiserie pour réaliser ou adapter les pièces qui sortent du standard.

2.9.2026

Pyram, l'industrie autrement

Produire en série sans tout standardiser : c’est le parti pris de Pyram dont le site de production, situé à Vic-sur-Cère, dans le Cantal, se révèle des plus singuliers. À un outil moderne et automatisé, le fabricant français associe en effet des ateliers où travail du bois massif, façonnages particuliers, finitions et adaptations spécifiques perpétuent un véritable savoir-faire de menuisier. Valeur ajoutée certaine, cette complémentarité permet ainsi à la marque de conjuguer efficacité industrielle et liberté de conception, au service de cuisines toujours plus personnalisées.

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Au cœur du Massif Cantalien, dans le Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne, l’usine Pyram, installée dans le village de Vic-sur-Cère, ne ressemble pas tout à fait à ce que l’on pourrait attendre du site de production d’un fabricant de cuisines équipées et de meubles de salle de bains.

Ou plutôt faudrait-il parler de deux usines. Car, à quelques dizaines de mètres de distance cohabitent ici deux manières de fabriquer du mobilier : l’une fait appel à des équipements modernes et largement automatisés ; l’autre conserve le savoir-faire, les gestes et surtout la souplesse d’une véritable menuiserie.

Du reste, ce voisinage n’a rien d’anecdotique : il raconte même une grande partie de la singularité de Pyram, fabricant français qui ne revendique ni les volumes ni la puissance industrielle des géants de la cuisine équipée, mais qui s’attache à cultiver un autre modèle : celui d’une entreprise capable de fabriquer rationnellement et en série, tout en ayant conservé les outils et les compétences nécessaires pour sortir du cadre lorsque le projet l’exige.

Une usine dans l’usine

Et, pour mieux comprendre ledit modèle, un peu d’histoire s’impose. Celle de Pyram débute en 1945, lorsque François Prieur reprend l’atelier de forge familial. Du métal, l’entreprise passe progressivement au mobilier, travaille le bois et le Formica, puis aborde la salle de bains. En 1966, elle installe son site de production à Comblat-le-Château, sur la commune de Vic-sur-Cère. Une usine qui s’agrandira ensuite au fil du développement de la marque et de l’évolution de son activité ; Pyram lancera notamment, en 1987, une gamme spécifiquement consacrée à la cuisine.

Une nouvelle étape est franchie en 2012 avec l’intégration de Pyram à Neoform Participations (Néova, Kalis, Instinct, Ouest Post Forming) avant le rachat du groupe Neoform par MDS (Moderna, Carti Meubles, Diadem/Stradour) en 2021. Aussi la marque appartient-elle désormais à un ensemble industriel français – dirigé par Jean-Christophe Simon – réunissant des savoir-faire transversaux dans le mobilier, la cuisine, la salle de bains et le sanitaire. Cet adossement permet notamment de garantir à Pyram un soutien dans le développement et l’accompagnement, de développer des synergies entre des sites de production spécialisés et de bénéficier de compétences industrielles complémentaires. Il inscrit également l’entreprise dans une stratégie de développement à long terme, poursuivie en 2024 avec la reprise de Sofec et de ses marques de cuisines Teissa et Teisseire par MDS-Neoform Industrie.

Or ces différentes strates de l’histoire de la société se lisent encore dans l’organisation du site, qui constitue aujourd’hui un ensemble d’environ 20 000 m² couverts. Travail ciselé du bois massif, réalisation de pièces et de meubles à façon, finitions exclusives et laquage y côtoient commandes numériques, lignes automatisées et gestion informatisée de la production.

Car la modernisation de l’usine n’a pas condamné ses premiers ateliers, bien au contraire. Sur quelque 4 500 m², ceux-ci accueillent désormais une grande partie de ce qui, chez Pyram, relève du particulier, de l’adaptation ou de l’exception : éléments en bois massif, pièces aux dimensions spécifiques ainsi que façonnages (corniches, hottes, portes vitrées, jambages, etc.) nécessitant une finition particulière.

Une usine dans l’usine, en somme… dont la vocation n’est pas de produire davantage ou plus rapidement, mais de fabriquer ce que les lignes automatisées ne peuvent pas toujours prendre en charge.

Implanté à Vic-sur-Cère depuis 1966, le site de production de Pyram s’est développé au fil des  décennies et représente aujourd’hui quelque 20 000 m² couverts.

Quand l’industrie redevient menuiserie

C’est ici que l’expression de “menuiserie industrielle”, pour reprendre le bon mot de la direction, prend tout son sens. En effet, certaines machines affichent un âge respectable, d’autres sont plus récentes, mais toutes répondent à une même nécessité : conserver la capacité de travailler une pièce individuellement lorsque sa réalisation l’exige.

Le travail du bois massif fait notamment partie des savoir-faire conservés dans cet atelier. Chêne, noyer ou encore aulne peuvent, selon les réalisations, y être calibrés, profilés, assemblés et façonnés pour donner naissance à une porte à cadre spécifique, une corniche à façon, une hotte ou tout autre élément particulier ; certaines façades ou essences font toutefois appel à des partenaires extérieurs. De même, une façade en médium peut y être “défoncée” afin d’intégrer directement une prise de main avant de rejoindre l’atelier de finition.

Il serait pourtant réducteur de voir dans ces ateliers la survivance nostalgique d’une autre époque industrielle. Leur intérêt est au contraire très contemporain : ne pas devoir renoncer à une demande simplement parce qu’elle sort du standard.

Une cuisine destinée à une maison ancienne en fournit un bon exemple. Les murs n’y sont pas toujours parfaitement droits, les dimensions rarement idéales et l’architecture peut imposer des adaptations qu’une succession de meubles standardisés ne permet pas nécessairement de résoudre. Un élément peut alors être repris, adapté à une dimension spécifique ou fabriqué selon la forme nécessaire.

Cette flexibilité se retrouve jusque dans la réalisation des portes vitrées. Par exemple, une façade fabriquée dans la partie moderne de l’usine peut ensuite rejoindre l’atelier historique pour y être transformée, assemblée puis équipée du vitrage retenu pour le projet ; une même pièce passe alors d’un univers industriel à l’autre.

Et c’est sans doute cette circulation qui résume le mieux le savoir-faire de Pyram : l’automatisation s’arrête là où le besoin de personnalisation commence, sans que l’une et l’autre ne cessent jamais vraiment de travailler ensemble.

Dans les ateliers historiques, le travail manuel conserve toute sa place. Ici, l’intervention sur une porte à cadre illustre cette menuiserie industrielle qui fait la singularité de Pyram.

La couleur comme terrain d’expression

Cette liberté se retrouve dans le travail de la couleur. Pyram dispose sur place de son propre atelier de finition, où sont préparées les teintes avant leur application sur les façades et les différents éléments de mobilier. Le principe évoque celui de la carrosserie automobile : à partir de bases et de pigments, le fabricant compose les couleurs destinées à habiller ses modèles.

La palette est considérable, avec quelque 2 500 coloris proposés. Bois massif ou médium à laquer peuvent ainsi recevoir une finition adaptée au projet. Une porte à cadre en bois n’est donc pas nécessairement destinée à conserver son aspect naturel : elle peut se parer d’un rouge profond, d’un vert ou d’un bleu nuit, tandis que d’autres éléments du même aménagement adoptent des teintes ou des finitions différentes.

La recherche du détail s’étend également jusqu’aux composants en aluminium, qui peuvent eux aussi être traités sur place dans différentes finitions, du noir au blanc en passant par l’or, le cuivre, l’or brun ou l’anthracite. Selon le résultat recherché, plusieurs couches de peinture puis de vernis sont appliquées manuellement.

Essence de bois, façade, profil, finition, couleur : loin de se résumer au choix d’un modèle dans un catalogue, la personnalisation repose ainsi sur une multitude de paramètres que Pyram peut combiner afin de conférer à chaque projet son identité.

Changement de cadence

Deux usines en une, écrivions-nous en incipit de cet article… Il suffit en effet de parcourir quelques dizaines de mètres pour découvrir un tout autre visage de Pyram. Dans la partie plus récente du site de production, la menuiserie laisse ainsi place à une production largement automatisée. Ici, panneaux, machines et systèmes informatiques composent un environnement pensé pour produire avec davantage de rapidité, de régularité et de précision.

Le parcours d’un meuble commence par d’imposants stocks de panneaux, organisés par références et destinés à la découpe, optimisée afin de limiter les chutes de matière ; viennent ensuite le placage des chants et les différents usinages nécessaires à la fabrication du meuble en question, avant son assemblage, son conditionnement et sa livraison.

Inutile cependant de suivre chacune de ces opérations pour comprendre ce qui se joue. Le plus intéressant réside ailleurs : malgré l’automatisation, toutes les pièces qui défilent sur les lignes ne sont pas identiques.

Dès sa découpe, chacune reçoit une étiquette qui l’accompagnera tout au long de sa fabrication. Commande à laquelle elle appartient, meuble auquel elle est destinée, dimensions, opérations à effectuer : son identité est connue du système et son code-barres lu aux différentes étapes de production.

Cette traçabilité permet, entre autres, à l’outil industriel d’absorber une grande diversité de configurations. Ainsi les dimensions peuvent-elles varier, tout comme les chants, les perçages ou les usinages ; une pièce pourra notamment être préparée pour recevoir un équipement particulier, un éclairage ou un rail LED.

L’automatisation ne consiste donc pas à fabriquer indéfiniment le même meuble : elle permet d’organiser efficacement une succession de commandes différentes.

Avec ses façades en chêne naturel Jersey, ses vitrines à cadre aluminium noir et ses corniches, pilastres cannelés, panier en osier et range-bouteille, Atelier revisite l’esprit cottage dans une écriture plus contemporaine et met également en avant le savoir-faire de la marque dans le travail du bois massif.

Passer de l’industrie à l’artisanat

C’est ici que les deux visages de l’usine prennent véritablement tout leur sens. Tant qu’un élément peut être fabriqué efficacement par l’outil automatisé, il suit le flux industriel. Mais lorsqu’une dimension, une matière, une finition ou un façonnage sort de ce que la ligne peut prendre en charge, le savoir-faire conservé dans les autres ateliers prend le relais.

Il ne s’agit donc pas d’opposer une production standardisée à une production sur mesure, encore moins l’industrie à l’artisanat. Pyram a organisé son usine pour pouvoir passer de l’une à l’autre.

Une façade peut ainsi naître dans la partie automatisée avant d’être reprise ailleurs pour devenir une porte vitrée ; un élément particulier peut rejoindre l’atelier de finition pour recevoir une teinte spécifique ; une pièce en bois massif nécessitant un façonnage inhabituel empruntera, elle, un autre parcours. Chaque outil est utilisé là où il est le plus pertinent.

Cette organisation permet ainsi au fabricant de concilier deux exigences qui pourraient sembler contradictoires : rationaliser la production de ce qui peut l’être, tout en conservant suffisamment de souplesse pour répondre aux projets qui sortent de l’ordinaire.

Une manière, en somme, d’industrialiser le standard… sans standardiser la cuisine.

Memphis associe une finition laquée mate à un mélaminé effet bois Kendall huilé. Une composition qui joue sur le contraste des matières et illustre les nombreuses possibilités de personnalisation proposées par Pyram.

Le meuble comme boîte à outils

Cette philosophie ne se limite pas aux façades, aux couleurs ou aux pièces réalisées à façon. Elle tient également à la manière dont Pyram envisage le meuble lui-même.

Si la cuisine constitue le cœur de son offre, le fabricant développe également des collections pour la salle de bains et étend son savoir-faire à l’aménagement intérieur de la maison. Une continuité rendue possible par la diversité des dimensions et des typologies de meubles, mais aussi des façades, matières et finitions disponibles.

D’un espace à l’autre, il devient ainsi possible de retrouver une même écriture esthétique. La cuisine peut dialoguer avec le séjour, tandis que la salle de bains bénéficie à son tour de cette culture du meuble et de la personnalisation. De même, d’autres solutions permettent, lorsque leur conception et leur destination s’y prêtent, d’imaginer des rangements, un meuble TV, une buanderie ou d‘autres aménagements intérieurs adaptés à l’architecture du lieu.

Une approche qui rappelle une évidence parfois oubliée : avant de fabriquer des cuisines ou des éléments de salle de bains, Pyram fabrique des meubles.

La nuance est importante. Elle transforme la profondeur de gamme en une sorte de boîte à outils mise à la disposition du concepteur. Celui-ci peut puiser dans différentes dimensions, façades, finitions et typologies pour construire un projet cohérent et, lorsque cela est possible, faire circuler un même langage esthétique d’une pièce à l’autre.

Cette liberté n’est pourtant pas sans limites : Pyram ne revendique pas la possibilité de tout fabriquer et certaines solutions ne sont proposées que lorsqu’elles correspondent aux procédés maîtrisés par l’entreprise et aux exigences liées à leur usage. Il s’agit donc d’une forme de personnalisation raisonnée : multiplier les possibilités, sans promettre l’impossible.

Le modèle Emeraude associe un mélaminé décor chêne Halifax Tabac à un plan de travail en Dekton. Une illustration éloquente des expertises Pyram, qui permettent d’élever l’esthétique des gammes mélaminées en leur apportant un rendu raffiné et premium.

L’industrie sans l’uniformité

À première vue, les différents ateliers de Vic-sur-Cère pourraient appartenir à deux époques industrielles différentes. Ils constituent pourtant les deux faces d’un même outil de production. L’ancien n’a pas été conservé par nostalgie, mais parce qu’il sait encore faire ce dont l’entreprise a besoin ; et le moderne n’est pas venu remplacer le savoir-faire, mais lui permettre de se concentrer là où il apporte une véritable valeur ajoutée.

C’est sans doute ainsi qu’il faut comprendre la singularité de Pyram. Le fabricant français ne cherche pas à rivaliser avec les plus grands acteurs du marché sur le terrain des volumes ou de la course à l’automatisation. Il a construit un modèle différent, dans lequel la performance industrielle repose aussi sur la capacité à ne pas tout faire de la même manière.

Pour le particulier, cette organisation demeure naturellement invisible. Une fois la cuisine installée, rien ne permet de deviner qu’une façade a pu passer d’un atelier automatisé à une menuiserie, qu’un élément en bois massif a été façonné spécialement pour le projet ou qu’une teinte a été préparée et appliquée dans l’atelier de finition de l’usine.

Mais c’est précisément là que ce savoir-faire prend tout son sens. Il ne s’agit pas de montrer la complexité de la fabrication, mais de la mettre au service d’une plus grande liberté de conception : adapter un meuble aux contraintes d’une pièce, associer les matières et les couleurs, réaliser un élément particulier ou prolonger une même écriture esthétique dans plusieurs espaces de la maison.

À Vic-sur-Cère, l’usine Pyram raconte ainsi une certaine idée de l’industrie française : celle qui utilise l’automatisation lorsqu’elle apporte précision, régularité et efficacité, mais conserve parallèlement les machines, les gestes et les compétences nécessaires pour s’en affranchir lorsque le projet le demande. Une industrie capable de produire en série, sans avoir oublié comment fabriquer ce qui ne l’est pas.

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